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- Officiers et anciens élèves célèbres -

 

 

Jean Henri William SCHEIDHAUER

(1931 - 1960)

 

 


Né le 1er septembre 1931 à RABAT (Maroc) - Décédé le 26 octobre 1960 à AÏN SEFRA (Algérie)

 

Fiche Mémorial

 

Entre à l'Ecole navale le 1er octobre 1950

1950-1952 École navale Lanvéoc (Finistère)

Enseigne de vaisseau de 2ème classe, le 1er octobre 1952

1953 Croiseur Jeanne d'Arc École d\'application des enseignes de vaisseau

 

Campagne Jeanne d'Arc 1952-1953

Remerciements Nicolas Audelin

 

Enseigne de vaisseau de 1ère classe, le 1er octobre 1953

1954-1956 Division navale d'Extrême Orient Indochine

1957 Aviso Chevreuil

1957 Centre Siroco École des fusiliers (Algérie), Officier des sports

Lieutenant de vaisseau, le 1er septembre 1958

1958-1959 DBFM 3e Bataillon 4e Région maritime / Algérie

1959 DBFM 1er Bataillon 4e Région maritime / Algérie

1960 Centre de formation maritime Hourtin / 2e Région maritime

1960 Corps amphibie Marine 3e Région maritime /Toulon

1960 Certificat de parachutiste

1960 Brevet d'officier fusilier-commando

1960 commandant du Commando Jaubert, Algérie

 

Source / Musée des fusiliers marins

 

Avec l'amiral Querville

Source / Musée des fusiliers marins

 

 

Croix de la valeur militaire avec palme

Extrait cols Bleus / 7 octobre 1960

Remerciements Thierry Le Breton

 

 

Extrait Cols Bleus / 12 novembre 1960

 

Par décret du 16 mars 1961 (JO du 22 mars 1961), le lieutenant de vaisseau Scheidhauer a été nommé chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume avec la citation suivante : "Magnifique officier d'un courage hors de pair, s'est de nouveau distingué le 26 octobre 1960 à la tête du commando Jaubert dans le massif Bou Lerhad. Après avoir été héliporté au contact des hors la loi, malgré le feu intense de l'adversaire, s'est porté rapidement au plus près des HLL pour dégager une unité amie en difficulté. Blessé mortellement il est tombé à la tête de son unité qu'il avait toujours conduite au combat avec bravoure et décision. Six fois cité."

Cette citation comporte l'attribution de la Croix de la valeur militaire

 

 

Extraits de l'ouvrage "COMMANDOS-MARINE AU COMBAT" / René Bail

La mort d’un pacha

Énervée, pressée, rageuse, la rafale a craqué, zébrant la terre de panaches de poussière. Au bruit, à la cadence, les commandos ont reconnu la M.G. 42, une mitrailleuse légère allemande à la précision mortelle.

Les dix hommes ont aussitôt plongé, cherchant l’abri des petits rochers mauves, à mi-pente du mamelon qu’ils avaient commencé à escalader. Il est trois heures de l’après-midi, ce 26 octobre 1960. “Ça commence bien !”, grogne le second maître Desprez en essayant de hisser ses yeux au-dessus de son abri. Il n’est pas encore inquiet et pourtant la situation n’est guère réconfortante. Ils sont seulement dix, face à un groupe important, si l’on en juge par la densité du feu qui converge sur eux. Et pas même dix combattants, puisqu’il s’agit du groupe de commandement de “Lampiste” (“Jaubert”) qui comprend, outre Scheidhauer le pacha, cinq fusiliers-commandos, deux radios et un infirmier.

En alerte depuis la veille, “Jaubert” a été appelé en début d’après-midi à la rescousse de deux sections du 8ème R.I.Ma qui étaient tombées dans une embuscade. Une toute petite embuscade à en croire l’officier d’État-Major, porteur des ordres :
- Ils sont douze ou treize seulement....
- On mettra le paquet, promet Scheidhauer.
Toussotement gêné de l’émissaire :
- N’y allez pas trop fort, nous redoutons que les rebelles n’aient capturé huit marsouins.
Desprez ricane :
- À treize, ils se sont “farcis” huit gus de la Colo... ça me paraît pas très clair, comme histoire.

À quatorze heures, les hélicoptères ont embarqué le premier élément de “Jaubert” : la 2ème section et le PC. En face de la D.Z., au bout d’un glacis long d’un kilomètre, commençaient les premiers contreforts du Bou Lherfad, un djebel aussi pelé que ses voisins, mais qui étage ses gradins en marches gigantesques, vers l’ouest. Très vite, Scheidhauer a pris sa décision :
- Barret, ne traînez pas sur le glacis. Débordez largement par la gauche. Moi, j’irai droit devant. Il se peut que nous soyons rapidement accrochés, dans ce cas, vos deux groupes nettoieront le sommet en attendant les renforts.
C’est pendant la progression du groupe PC que la MG s’est dévoilée, juste en face.
- Appelle la 2, ordonne Scheidhauer à Desprez. Demande-leur comment ça se passe chez eux. Ensuite, contacte “Soleil”, signale-lui que nous sommes accrochés et donne notre position.
Mais, sur la face qu’elle était en train de gravir, la 2ème est elle aussi prise à partie par une forte résistance :
- Tâchez de faire mouvement sur moi, ordonne le pacha.
Barret essaie de décrocher, puis de foncer parallèlement à la montagne pour constituer avec le PC une sorte de hérisson. Il ne peut y arriver. Dès qu’il avance, d’autres armes se dévoilent et prennent son cheminement en enfilade. À force de ténacité, Barret parvient bien à franchir un oued à sec, mais il est cloué au sol avant d’avoir atteint la berge du second.
- Quel est l’idiot qui a dit que les fells n’étaient que treize ? grogne le second maître Chenier. Il y a au moins quatre armes automatiques....

Derrière ses rochers, le “Pacha” suit minute par minute la progression de sa 2ème section. Il s’aperçoit très vite que jamais la liaison ne pourra être réalisée : ils sont trop faibles en effectifs et en armement. La seule solution consiste à tenir sur place en attendant les renforts.
- Commandant, dit Desprez, on devrait se déplacer vers l’amas de rochers, au-dessus ; ce sera une meilleure position défensive : ici, nous sommes trop vulnérables.
Le “Pacha” opine :
- Les fells sont à dix mètres au-dessus. Prends avec toi Luc et Picard avec leurs P.M. Vous foncerez en tête tandis que je ferai l’appui-feu avec le lance-grenades...
Ils vont s’élancer. La radio grésille :
- Ici Lampiste 2. Venons d’arriver...

Le “Pacha” soupire. Il y a maintenant près d’une heure et demie qu’ils sont ainsi, coincés sur leur terrain. L’arrivée de son adjoint Hamel avec le complément de “Jaubert”, la 1ère section et la 3ème va peut-être apporter un peu de répit.
- Faites mouvement par la droite, ordonne Scheidhauer. Essayez de prendre les rebelles à revers : ici, nous sommes en plein dans leur dispositif.
Pendant ce temps, Desprez a distribué les missions. À l’abri d’un rocher, Sénéchal a mis son lance-grenades en batterie :
- Luc, Picard, quand Sénéchal aura largué sa cinquième grenade, on fonce en tirant et en hurlant. Vu ?

Posément, Sénéchal commence à expédier ses VB. À ses côtés, Ossola et le “Pacha” ajustent des cibles mouvantes, à quelques mètres devant. En retrait, prêts à bondir, Desprez et ses deux voltigeurs comptent les départ : deux, trois...

Ossola jette un coup d’œil sur sa droite. Il voit soudain Scheidhauer qui sursaute puis s’écroule, sur le rocher devant lui :
- Chef, chef ! hurle-t-il à l’adresse de Desprez, le “Pacha” vient de tomber.
Desprez se précipite, attrape le corps inerte de Scheidhauer, le tire à l’abri, tandis que Luc et Picard, dressés, arrosent les rochers pour couvrir la manœuvre.

Lentement, avec des gestes très doux, Desprez a déposé le corps du “Pacha” au pied d’un bloc de calcaire. Il est assez vieux soldat pour comprendre au premier coup d’œil qu’il n’y a rien à faire. La balle, entrée au milieu du front, est ressortie en défonçant le crâne. Desprez reste une seconde anéanti, autant par la brutalité de cette catastrophe que par les responsabilités qui viennent de fondre sur lui.

D’abord rendre compte par radio. En revenant vers son poste, il aperçoit Sénéchal qui, mâchoire crispée, œil fixe, continue à expédier ses grenades :
- C’est bien, petit, continue.
Et Sénéchal, sans sourire :
- Je tire parce que j’ai drôlement peur...
- T’en fais pas, on s’en sortira.
Il n’y a rien d’autre à dire. Desprez le sait bien, même s’il ignore surtout comment “on” s’en sortira. Ils ne sont plus que quatre aptes au combat et doivent penser à économiser les munitions :
- Les autres vont arriver ?
- Oui, répond Desprez. Le tout est de tenir assez longtemps pour les accueillir.
Mais les fells ont dû comprendre qu’il y avait du flottement chez leurs adversaires. Ils se jettent hors de leurs emplacement et bondissent en criant :
- À l’assaut, prenez leurs armes !

Desprez était peut-être inquiet. Il est immédiatement rassuré. Les gars ne flanchent pas. D’un côté, Luc et Picard alignent posément au P.M. les ennemis les plus aventureux tandis que Sénéchal, impavide, poursuit son tir de VB. À ses côtés, Ossola qui a récupéré la carabine du “Pacha” effectue des cartons à courte distance. Pas un n’a bronché et c’est pourtant une épreuve difficile à supporter que de tenir face à une meute déchaînée qui semble jaillir de partout à la fois.

L’assaut est brisé. Les rebelles refluent en désordre et Desprez expédie, par radio, message sur message. S’il espérait être rapidement secouru, force lui est de déchanter, il est livré à lui-même. Cependant une voix l'interpelle et le rassure ; celle du lieutenant de vaisseau Rouget, le chef de bord du barlut-canon, avec son accent roulant de Carcassonne.

À deux cents mètres en contrebas, Barret et sa 2ème section n’arrivent toujours pas à percer le rideau des armes adverses. La 1ère et la 3ème, pour leur part, sont également au contact et luttent pied à pied pour conquérir des bandes de terrain dérisoires.
- Ici “Barlut-canon”, je vais vous appuyer. Préparez-vous à décrocher en emmenant le blessé et les armes...

Desprez est tout seul, avec sa petite équipe. Il sait que le repli dans de telles conditions, en pleine sous le feu ennemi est une opération extrêmement périlleuse. Peut-être avec l’appui de l’hélicoptère d’assaut y arrivera-t-il ? Espoir déçu. Tiré du sol, le “barlut-canon” dit céder le terrain :
- Le tireur est gravement blessé, obligé de rentrer à la base.

Desprez lance des imprécations au ciel. Tout se ligue contre lui. Trente secondes plus tard, le Piper, l’avion d’observation, abandonne à son tour la partie : le pilote est blessé. C'est le navigateur qui, tant bien que mal, va poser l'appareil dans la plaine d'alfa. En bout de course, il terminera sur le nez. Le pilote mourra de ses blessures.

La chasse prend la relève. Au premier passage, le T-6, leader de la patrouille, signale qu’il est touché. Il rallie sa base. L'autre appareil est indemne, mais jugeant inutile d'insister, le pilote rentre aussi.
- La poisse, soupire Desprez.
Il y a maintenant quatre heures qu’il tient, seul ou presque, sous une avalanche de balles.
- Les gars, dit-il à ses commandos, il n’y a pas d’autre issue que de tenter le décrochage avec nos propres moyens..
- Et les canons de 37 des automitrailleuses ?, demande Luc qui a vu dans le lointain, les AML de la Légion.
- Impossible de les faire intervenir : le secteur redoute que l’on n’atteigne les huit prisonniers du 8ème R.I.Ma.

Les voltigeurs commencent à se préparer, tandis qu’Ossola et May, faute de brancard, empoignent le corps du “Pacha” pour le descendre.
- Et Sénéchal ? Je ne le vois plus...
Le tireur au VB est là, la tête penchée sur le côté. Près de lui, sa musette contenant les grenades à fusil. Vide. Il a consciencieusement épuisé toute sa réserve. Et puis il est mort, discrètement, la tempe trouée d’une balle. Alors, Desprez se penche, prend le corps du jeune commando sous les épaules, le hisse sur son dos. Luc et Picard se lèvent et freinent une tentative de débordement des fells, alléchés par leur proie.

Ossola et May, gênés par le poids du corps, dévalent tant bien que mal. De temps à autre, ils le posent à terre et sont obligés de faire le coup de feu. Les radios ne sont pas épargnés non plus. Ils ont dégainé leurs pistolets et ripostent aux tirs des éclaireurs embusqués sur leur passage. Il faudra vingt minutes à Desprez pour sortir de l’enfer.

Personne n’est venu à son secours.

De partout maintenant arrivent les renforts. Ce qui était qualifié de “petite embuscade” tourne à la bataille rangée. La Légion a dépêché sur place deux de ses meilleures compagnies, tandis que les commandos de chasse de la zone sont héliportés sur les lieux de l’accrochage. Dans le soir qui tombe arrivent d’autres bérets verts. “Penfentenyo” a tenu à participer à la bagarre pour venger le “Pacha” de “Jaubert”, Scheidhauer.

Desprez ne voit rien, n’entend rien. Il a ramené son groupe auprès du PC. Indifférent en apparence, il a assisté à l’embarquement du “Pacha” à bord de l’hélicoptère sanitaire. Il est brisé, vidé, anéanti. Comme s’il avait été dépouillé de son âme.

C’est d’ailleurs l’âme du commando “Jaubert” qui, ce 26 octobre, semble avoir déserté le commando. Les hommes réagissent comme des automates, ressort cassé.
- Tout ce que nous entreprenions, disent-ils, c’était pour “Jaubert” et pour le commandant. Et le “Pacha” est mort.

La rumeur va s'étendre en code : “Lampiste est mort”.

 

 

Extrait Cols Bleus / 11-18 juillet 1964

 

 

 

 

 

 

Extrait Cols bleus / 9 novembre 1968

 

 

Extrait Cols bleus / Février 2020

 

 

Remerciements Bernard Dulou

Remerciements à Gilles Jogerst / Généamar pour ses recherches et la mise à disposition de ses données

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