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- Officiers et anciens élèves -

 


Alfred MAGOUET de la MAGOUËRIE

(1838 - 1871)

 


 

Né le 10 février 1838 à RENNES (Ille-et-Vilaine) - Décédé le 26 juin 1871 à BREST (Finistère)


Élève de l'École polytechnique en 1857, opte pour la Marine.

 

 

Aspirant le 1er octobre 1859; port BREST.

Fait partie de l'Etat-major de "LA MITRAILLE" en Cochinchine (source / Histoire de l'expédition de Cochinchine en 1861 (Nouvelle édition...) / par Léopold Pallu de La Barrière)

Enseigne de vaisseau le 1er octobre 1861.

Lieutenant de vaisseau le 29 décembre 1866.

Au 1er janvier 1869, port CHERBOURG.

Blessé aux combats de FRETEVAL (Loir-et-Cher) le 12 décembre 1870

Chevalier de la Légion d'Honneur le 6 janvier 1871.

 

Extrait revue nobiliaire / publiée par M. Bonneserre

 

Extrait Le Temps / 24 janvier 1888

 

Dossier Légion d'honneur / Lien web

 

Extrait Charles de Montesson / Souvenirs d’ambulance, 1870-1871 / Document PDF


Un médecin des hôpitaux de Versailles, a été chargé par cette ville de distribuer des secours aux ambulances de l'Armée de la Loire. En revenant du Mans, où il a visité soixante-dix ambulances, soit dans la ville, soit dans les environs, il s'arrête à la
Gaudinière, où nous ne manquons de rien, et me fait un récit très intéressant de tous les fléaux qui sont venus fondre sur ma pauvre patrie mancelle. Les maladies infectieuses et pestilentielles y fourmillent : les varioles éruptives et charbonneuses, les affections typhoïdes et ataxiques, les fièvres purulentes, pourritures d'hôpital, etc., etc., forment un charmant cortège aux Frédéric-Charles, Voigt-Rhetz, Kanitz et autres barbares conquérants.

Ce médecin me voyant très bas, parle de la viande crue pour me remonter en forces ; et pour vaincre le dégoût, il explique son système, qui consiste à faire des sandwiches très légères avec un peu de viande crue pilée, étendue entre deux minces
tranches de pain beurré et salé. Sur l'heure, la Duchesse en confectionne elle-même hors de ma vue, et m'en apporte à goûter. Ainsi préparé, c'était très supportable, dès le lendemain et pendant le reste de mon séjour au château, j'en mangeai deux ou trois par jour. Ce n'était plus le temps, où pour me décider à cette maudite viande crue, la Duchesse avait essayé, après avoir fait piler ma ration, de la jeter dans un bol de bouillon très chaud, et de m'ingurgiter cette mixture ; malgré toute la bonne volonté que j'aurais voulu lui témoigner, il me fut impossible de surmonter un dégoût allant jusqu'aux nausées ; alors, persuadée que j'allais devenir anémique, et voulant que mon estomac conservât l'habitude de digérer quoique ce fût, elle me fit prendre à plusieurs reprises un petit verre de vin de Bordeaux vieux, dans lequel elle faisait fondre à froid gros comme une noisette d'Extrait de Liebig ; j'avalais cette verrasse les yeux fermés, car elle avait l'apparence de cirage délayé.

De ce succès des sandwiches à la viande crue, mes chers hôtes étaient ravis, les forces me revenaient, l'on me citait comme exemple à une jeune femme des environs : Mme de Massol, qui se mourrait d'anémie ; mais cette viande crue lui était horrible, elle ne pouvait se résoudre à s'en nourrir, même lorsque la Duchesse lui en préparait elle-même dans les fréquentes visites qu'elle lui faisait ; je crois bien qui la pauvre est morte depuis.

La guerre de 1870 et la Commune de 1871 en ont bien démoli de ces organisations féminines ; délicates et frêles, par l'inquiétude, la peur, le manque d'aliments choisis et variés, et l'air empesté que les belligérants laissaient derrière eux dans bien des maisons. Même à la Gaudinière, en pleine forêt, on mourrait de la variole noire, et le capitaine Magouët de la Magouërie voyait les chairs de son pied s'en aller par morceaux noirs et infects. J'ai bien doutance que dans une ville, ni l'un ni l'autre de nous n'eût échappé à l'amputation. Ce capitaine appartenait au bataillon de fusiliers marins du commandant Collet ; il était venu me voir un jour où son service de grand'garde le retenait dans la forêt, je l'avais trouvé charmant, intelligent et modeste. Le commandant Collet avait eu le tort d'abandonner aux Prussiens la position dominante de Fréteval, il reçut l'ordre de la reprendre, mais les Prussiens occupaient déjà les maisons du village.

Les marins s'y battirent si héroïquement, qu'une douzaine d'officiers de ce bataillon restèrent sur le carreau, tués ou blessés ; Magouët reçut deux balles dans le même pied, un matelot le ramassa et le porta à l'écart pour le faire soigner ; Magouët pu faire dire au Duc qu'il le priait de lui envoyer une voiture pour le ramener à la Gaudinière, ce qui fut fait soigneusement. Magouët passa de bien cruels moments à l'ambulance dans les dépendances du château, nous ne pouvions nous voir, grande privation pour moi, car c'était un garçon instruit, modeste, d'un commerce agréable. Toutes les chairs de son pied tombèrent en putréfaction noire, plus de dix fois il fut question de l'amputer, ses cheveux et sa barbe blanchirent entièrement.

Les Doudeauville étaient bien inquiets du sort de ce brave marin dont le caractère affable avait gagné tous les cœurs. Enfin le Duc, qui s'était énergiquement opposé à l'amputation, gagna son procès, car les chairs repoussèrent et l'on put considérer Magouët comme sauvé. Aussi, lors de l'armistice, sa sœur Mme Bonnamy, accompagnée de sa fille Mlle Albertine Bonnamy, vint lui tenir compagnie pendant quelques jours, et le préparer au rapatriement. Ces deux dames étaient fort gaies, d'agréable société, et voulaient bien me faire quelques visites qui me faisaient grand plaisir : Mlle Albertine Bonnamy dont le père est conseiller général à Brest ou à Lorient, est une grande belle fille brune, de belle race, qui paraît très bien élevée.

La Duchesse, qui manie joliment les crayons, lui propose de faire son portrait, ce qui demandera deux ou trois après-midi ; je l'ai vu, il était très réussi, et la mère demanda à l'emporter, ce que la Duchesse n'osa pas refuser, quoiqu'elle eût désiré l'ajouter à sa collection déjà nombreuse. Lorsque ces dames partirent en mars avec Magouët, ce fut certainement un vide à la Gaudinière. Hélas ! le pauvre garçon, si heureux de revoir sa Bretagne, y mourut en juin ou juillet 1871, de la variole, qu'il avait côtoyée tout le temps à l'ambulance, et au moment où sa blessure tournait certainement vers la guérison. (Les médecins et infirmiers répètent à satiété : « La plaie est belle » ; c'est banal et insignifiant.)

 

 

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Remerciements Bernard Dulou

Remerciements à Gilles Jogerst / Généamar pour ses recherches et la mise à disposition de ses données

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